Campagne de mensonges et d’échecs sur la situation des enfants de la rue, le MOJIP-PASTEF pose les vraies questions.

Date de publication : 02/02/2021

Sous le vocable des enfants des rues, est rangée une réalité complexe et variée, renvoyant à une population aux contours incertains, encastrés dans des catégories rigides, alors que la réalité mouvante de leur quotidien autorise à s’interroger sur la prise en charge de cette population par les pouvoirs publics, dans une situation singulière marquée par la pandémie du Covid-19.

Les défis accablants, qu’ils soient économiques, politiques, sanitaires ou environnementaux que pose cette pandémie, portent à croire qu’elle porte en elle les possibilités pour les communautés humaines de se réinventer, d’innover face aux contraintes, de trouver les moyens de sortie originale et honorable de cette crise.

Le Sénégal, comme tous les pays du monde, est soumis à la nécessité de saisir « l’opportunité » paradoxale de cette pandémie pour s’ajuster à défaut de se réinventer, sur bien des plans, dont celui de la prise en charge de cette catégorie de sa population.

Plusieurs tentatives de retrait des enfants des rues, initiées pour la plupart sur injonctions occidentales, motivées par des logiques de capture des financements, se sont souvent soldées par des échecs qui renseignent sur la volonté politique des différents gouvernements à apporter une réponse structurée à cette problématique, qui ne cesse de soulever de vives tensions à l’intérieur du pays, des critiques et interpellations de la part des gouvernements et organisations internationales.

Quand il est question d’enfants des rues, un certain tropisme oriente à la fois la réflexion et l’intervention vers le groupe d’enfants des rues majoritairement composé d’enfants talibés mendiants.

Sans toutefois, revenir sur la distinction classique entre les enfants «de» la rue de
ceux « dans » la rue, à la rue, ou en situation de rue, nous voulons tout particulièrement nous pencher sur ce qu’il convient de considérer comme une sous-catégorie des enfants des rues, qui se caractérise par sa grande marginalité et qui semble passer entre les mailles des interventions des pouvoirs publics.

En cette période de froid, mais aussi et surtout de pandémie de la covid-19, il est difficilement soutenable de voir des enfants talibés livrés à eux-mêmes, traîner à longueur de journée dans les rues des grandes villes comme Dakar. Pourtant, le Gouvernement avait lancé, le 30 juin 2016, une campagne de retrait des enfants de la rue. Selon le directeur de la promotion des droits et de la protection des enfants, Niokhobaye DIOUF, la première année d’opération a permis de retirer 1585 enfants et 339 enfants talibés pour la deuxième année.

Récemment, lors d’une interview dans une radio privée, M. DIOUF soutenait que des avancées considérables ont été effectuées durant l’année 2020 portant le nombre des enfants retirés de la rue à 5130 entre mars et novembre 2020, dans le cadre du projet de protection d’urgence des enfants contre la Covid 19. Cependant, il urge de se poser la question suivante :

  • au-delà de l’urgence, ces interventions prennent-elles compte d’une stratégie globale de retrait consensuelle, définitive et pérenne qui associe les différentes parties prenantes, financée sur ressources propres de l’Etat et non laissée à la merci des aléas financiers des organisations internationales qui malgré la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide au développement, suivent davantage leur agenda ?

 

Après l’auto glorification médiatique, que Monsieur le Directeur nous dise où précisément ont été réinsérés ces enfants et surtout avec quel taux de réussite, car nous savons que la réussite de la réinsertion dépend de l’âge de l’enfant, de sa durée de vie en rue, de la nature des liens entretenus avec le milieu familial et des compétences acquises dans la rue, mais également et surtout, de la volonté de l’enfant. Ce qui suppose de travailler en collaboration avec ce dernier dans la définition de sa propre prise en charge. La réinsertion au sein de la famille ne doit pas être la seule option pour ces enfants qui doivent pouvoir bénéficier d’autres alternatives (centre d’accueil, familles d’accueil,  daaras d’origine pour ceux qui le souhaitent). Nous ne sommes pas sûrs que  ces simples préalables aient été respectés à la vue de ces hordes d’enfants retirés sans égard et confinés.

Malheureusement, le Sénégal fait face à une seconde vague de COVID, qui se caractérise par une rapidité dans la contamination accompagnée d’une plus grande létalité.  Malgré tout, les enfants sont plus présents que jamais dans les rues, ce qui montre l’inefficacité des stratégies mises en œuvre, pour lutter contre ce phénomène des enfants des rues dont la vulnérabilité se trouve grandement accentué.

Il résulte de tout ce qui précède, que le Ministère de la Femme dirigé par Mme Ndeye Saly Diop DIENG doit urgemment agir en menant des actions concrètes (loin de toute propagande médiatique inutile), en vue d’une application plus rigoureuse des lois sur la protection de l’enfance en vigueur, en misant sur une redynamisation du système décentralisé de la protection de l’enfance en veillant surtout à l’harmonisation des méthodes de prise en charge à travers l’utilisation d’outils standardisés.

 

LE MOUVEMENT NATIONAL JIGEENI PASTEF – MOJIP

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